Une question puissante est une question qui fait penser au lieu de faire répondre. Elle est ouverte, courte, sans réponse cachée ni reproche, et tournée vers ce qui pourrait marcher. On la reconnaît à ce qu’elle produit : un silence, puis une réponse que la personne ne s’attendait pas à donner.
On pose des questions toute la journée. Personne ne nous a appris. La plupart sont des réflexes : elles partent avant qu’on ait choisi ce qu’on voulait qu’il se passe. Le générateur vous donne des questions déjà fabriquées. Cette page explique comment elles sont faites, pour que vous puissiez fabriquer les vôtres.
Les cinq questions qui ferment
Une question ferme ou ouvre. Rarement entre les deux. Le mot choisi, le temps du verbe, la longueur de la phrase décident si l’autre va penser ou se défendre.
- La question fermée. « Vous êtes d’accord ? » On répond oui ou non, et la conversation s’arrête. Souvent par un oui de politesse. Essayez : « Qu’est-ce qui vous ferait adhérer, et qu’est-ce qui vous retient ? »
- La réponse cachée. « Ne penses-tu pas qu’il faudrait changer d’outil ? » C’est une suggestion déguisée. L’autre a deux choix : vous donner raison ou vous contredire. Dites plutôt votre idée, puis demandez : « Qu’en penses-tu ? »
- Le « pourquoi » qui accuse. « Pourquoi tu es en retard ? » Un reproche d’abord, puis une justification, puis une excuse. Vous vouliez une information, vous obtenez une défense. Essayez : « Qu’est-ce qui ferait que ça n’arrive plus ? »
- Les deux questions en une. « Comment ça s’est passé et qu’est-ce que tu ferais autrement, et au fait, tu as prévenu le client ? » L’autre répond à la plus facile. Une seule question, puis on attend.
- Le tour de table. La question qu’on pose à tout le monde pour n’entendre personne. À vingt, chacun prépare sa réponse au lieu d’écouter. Préférez le binôme deux minutes, puis trois réponses à la volée.
Le testeur du générateur repère ces cinq pièges et propose des reformulations.
Fabriquer une question en quatre étapes
C’est la démarche enseignée dans la formation L’art de la question. Elle prend dix secondes une fois qu’on en a l’habitude.
- L’intention. Qu’est-ce que je veux qu’il se passe dans la tête de l’autre ? Qu’il se souvienne, qu’il imagine, qu’il choisisse, qu’il s’engage ?
- La cible. À qui je la pose, et sur quoi exactement ? Une personne, une équipe, un comité ne réagissent pas pareil.
- La forme. Les mots et le temps du verbe. « Qu’est-ce qui… » plutôt que « pourquoi ». Le conditionnel ouvre un possible. Le futur fait se projeter.
- Le test. Peut-on y répondre par oui ou par non ? Porte-t-elle ma réponse ? Si je la recevais, me ferait-elle penser ou me défendre ?
Le générateur reprend les deux premières étapes : vous choisissez l’intention (ce que vous voulez provoquer) et la cible (à qui). Il fournit la forme. Le test, c’est vous.
Les 14 mécanismes d’une question puissante
Chaque question de la banque porte une étiquette jaune : le mécanisme qui la rend puissante. Les connaître permet de varier, et de choisir celui qui convient au moment.
- Projection
Se placer dans un futur réussi libère des contraintes du présent. On décrit ce qu’on veut au lieu de lister ce qui manque.
« Dans trois ans, un journaliste écrit un article sur nous. Quel en est le titre ? »
- Échelle
Un chiffre de 1 à 10 rend un ressenti discutable sans dispute. La relance fait apparaître ce qui marche déjà et le prochain cran.
« De 1 à 10, à quel point êtes-vous vraiment là en ce moment, et qu’est-ce qui vous ferait gagner un point ? »
- Exception
Chercher les moments où le problème n’a pas lieu révèle des solutions qui existent déjà. On les répète au lieu de les inventer.
« Racontez une fois où, contre toute attente, ça a bien marché. Qu’est-ce qui était différent ? »
- Ressource
Partir des forces et des réussites donne de l’énergie et de la confiance. C’est le principe de l’enquête appréciative : on grandit dans la direction de ses questions.
« Qu’est-ce que quelqu’un dans cette pièce a fait récemment, et qui mérite un merci ? »
- Autre regard
Emprunter les yeux d’un autre fait voir ce qu’on ne voit plus. Le recul vient sans effort, et on peut dire des choses qu’on n’oserait pas en son nom.
« Avec les yeux d’un nouvel arrivant, à quoi ressemblerait une vraie réussite pour nous ? »
- Et si…
L’hypothèse ouvre un possible sans engager. On explore sans avoir à défendre, et l’impossible devient discutable.
« Si on supprimait toutes les contraintes pendant une heure, qu’est-ce qu’on oserait vouloir ? »
- Renoncement
Ce qu’on accepte d’arrêter rend un choix réel. Sans renoncement, une priorité n’est qu’une liste de plus.
« Pour tenir ce que nous venons de décider, qu’est-ce que nous arrêtons dès aujourd’hui ? »
- Concret
Les faits et les exemples précis remplacent les généralités. On parle de ce qui s’est passé, pas de ce qu’on en pense.
« Qu’est-ce qu’on fait chaque semaine sans plus savoir à quoi ça sert ? »
- Sens
Revenir à ce qui compte vraiment fait tomber les débats de surface. On trouve la raison commune derrière les positions.
« Derrière nos positions, qu’est-ce que chacun cherche à protéger ? »
- Ressenti
Nommer ce qu’on ressent remet de l’humain dans la conversation. Une émotion dite prend moins de place qu’une émotion tue.
« Qu’est-ce qui fatigue vraiment les équipes, au-delà de la charge de travail ? »
- Inversion
Retourner le problème contourne les blocages. Il est plus facile de trouver ce qui ferait rater, puis de le retourner. Et ça fait rire.
« Qu’est-ce qu’on pourrait faire dans les dix premières minutes pour rater cette réunion à coup sûr ? »
- Image
Une image dit ce que les mots ne disent pas encore. Elle se partage vite et ouvre des conversations qu’un tableau de bord ne provoque jamais.
« Si l’équipe était un véhicule aujourd’hui, ce serait lequel ? »
- Engagement
Un pas concret, un nom, une date : l’intention devient action. Choisi par celui qui va le faire, il tient.
« Quelle objection vous empêcherait de porter cette décision devant vos équipes ? »
- Non-dit
Rendre dicible ce qui circule dans les couloirs libère la réunion. La question protège celui qui répond.
« Qu’est-ce qui se dit à la machine à café et qu’on gagnerait à entendre ici ? »
Une question générative, c’est quoi ?
Le chercheur canadien Gervase Bushe, spécialiste de l’enquête appréciative, a décrit ce qui rend une question générative, c’est-à-dire capable de faire naître des idées et des actions nouvelles. Elle surprend : personne n’y avait pensé. Elle touche : elle parle à ce qui compte pour les gens, pas seulement à leur fonction. Elle fait raconter : des histoires vraies, qui créent du lien entre ceux qui les écoutent. Elle déplace : elle oblige à regarder la réalité un peu autrement.
« Quels sont les problèmes de communication dans l’équipe ? » n’est pas générative : tout le monde connaît la liste. « Racontez un moment où vous avez été fier de la façon dont cette équipe s’est parlé » l’est : elle surprend, elle fait raconter, et elle montre ce qu’il faudrait refaire.
Deux méthodes pour enchaîner les questions
Une question seule ouvre une porte. Une suite de questions bien enchaînées fait avancer une conversation entière. Le générateur propose deux parcours, avec le choix « mener toute la conversation ».
En face-à-face, OPPA. Ouvrir : une question qui donne envie de parler, pas de se justifier. Projeter : où voudriez-vous en être ? Placer : où en êtes-vous, sur une échelle de 1 à 10 ? Avancer : qu’est-ce qui ferait +1 d’ici la prochaine fois ? Pas de conseil, pas de solution apportée. Un pas, décidé par celui qui va le faire. Générer un entretien OPPA.
En collectif, ODCT. Le cycle du Futur Désiré® d’Insuffle : Observer ce qui se passe vraiment, Désirer le futur qu’on veut, Concevoir les options, Transformer en actions. Le générateur l’encadre d’une question pour ouvrir, d’une pour décider et d’une pour clore. Générer une réunion ODCT.
Poser, puis se taire
La meilleure question du monde ne sert à rien si on répond à sa place trois secondes plus tard. Trois gestes font la différence :
- Le silence. Comptez jusqu’à dix dans votre tête. C’est long pour vous, court pour celui qui cherche.
- La relance. « Et quoi d’autre ? » « Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? » Elle approfondit sans orienter. Chaque question générée propose une relance, sous « Pourquoi elle marche ».
- La reformulation. Redire avec ses mots ce qu’on a compris, pour vérifier, sans conclure à la place de l’autre.
D’où viennent ces idées
Les questions de la banque sont écrites par Insuffle, à partir de plus de vingt ans de terrain en séminaires de direction, en ateliers et en entretiens. Elles s’inspirent librement de travaux que nous recommandons de lire :
- Eric Vogt, Juanita Brown et David Isaacs, The Art of Powerful Questions (2003), sur la construction, la portée et les présupposés d’une question.
- Gervase Bushe, ses travaux sur la générativité et l’enquête appréciative (notamment 2013).
- David Cooperrider et Diana Whitney, l’enquête appréciative : on grandit dans la direction des questions qu’on se pose.
- Steve de Shazer et Insoo Kim Berg, l’approche orientée solution : la question miracle, l’échelle, les exceptions.
- David Grove, le Clean Language : des questions qui n’introduisent rien de celui qui les pose.